04 mai 2011

Le malheur des Caïns fait le bonheur des apôtres

pavlad- Monsieur Martin ! Bonjour ! Ça faisait un bail.
- Eh oui, Monsieur Gaston, pas tout à fait emphytéotique, mais presque.
- ... ?! Absolument, Monsieur Martin. le temps est de plus en plus court. Je vous sert un petit café, je n'ose pas dire "comme d'habitude", mais le coeur y est, Monsieur Martin. Alors, Monsieur Martin, auriez-vous changé de quartier ?
- Ah, Monsieur Gaston, ne croyez pas que je sois infidèle, mais je sors peu ces temps-ci, et surtout, j'essaie de limiter ma consommation de café et ... d'emportement.
- Alors qu'est-ce qui vous a fait sortir de votre grotte aujourd'hui, si je peux me permettre, Monsieur Martin ?
- Eh bien, vous ne croyez pas si bien dire, Monsieur Gaston. En effet, depuis presque dix ans, tous les habitants de cette planète avaient dans leur esprit l'image d'une grotte ; grotte habitée par un homme barbu, portant djellaba et turban, homme assis, regard brillant, lèvres charnues, kalachnikov appuyée contre le mur derrière lui. 
Pour certains, cet homme était un saint qui, traqué par les forces du mal, vivait en ermite dans cet abri naturel, aux fins fonds d'un pays indéterminé, mais que l'on imagine aride, écrasé par la chaleur.
Pour beaucoup d'autres, cet homme était le diable lui-même qui, sous son apparence de sérénité, cachait un fanatisme absolu, une détermination infaillible et impitoyable dans la lutte contre ses ennemis, et qui vivait là, comme une bête traquée qui se refugie au plus profond de son terrier pour échapper à ses justiciers, mais sans renoncer à tirer les ficelles qui dans le monde entier menaçaient les vies d'innombrables innocents.
Pour les uns, il avait renoncé à une vie confortable de riche héritier au nom d'un idéal, pour les autres, il avait vendu son âme au diable avant de mordre la main qui le nourrissait.
Enfin, pour tous il était devenu un symbole, symbole du meilleur ou du pire, vivant dans sa grotte hors de l'espace et du temps, lui-même à l'abri du vieillissement, déjà loin au-delà de la vie et de la mort.
Et voilà, que patatras ! Le symbole s'envole, l'ascèse fait pschitt, le crime est payé, la bête est morte !
- ... ?!
- Et la grotte, me direz-vous, Monsieur Gaston ?
- Et la grotte alors, Monsieur Martin ?
- Voyez-vous, Monsieur Gaston, la grotte, il va falloir en faire son deuil. Et la remplacer par l'image d'un pavillon de banlieue d'une petite ville de garnison, avec son mur coiffé de fil barbelé, son portail électrique et son interphone avec vidéo intégrée. Allez, Monsieur Gaston, servez-moi un vittel menthe, le choc des civilisations, quelle rigolade.

Posté par Parkane à 16:56 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le malheur des Caïns fait le bonheur des apôtres

  • Investir un symbole ne cache pas toujours son sens.

    On met toujours du temps à connaitre les nouveaux locataires. Serez vous pére spicace pour une fois M Gaston ?

    Posté par ouanda, 05 mai 2011 à 13:51 | | Répondre
  • Très en berbe ces temps-ci mon Cher Maître (touchez ma bosse).

    Posté par Quotiriens, 05 mai 2011 à 16:05 | | Répondre
  • @quotiriens

    A jouer à saute-moutons sur la planète, attention à ne pas chopiner la varsovienne !!! Have a nice trip !

    Posté par Parkane, 05 mai 2011 à 16:57 | | Répondre
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