16 mars 2009

Merci Télérama !

A l'occasion du Salon du Livre, qui a lieu du 13 au 18 mars, Porte de Versailles à Paris, notre cher Télérama, nous présente une couverture sombre avec la photo d'une pile de livres coiffée d'une paire de lunettes. Regardons de plus près cette couverture et autorisons-nous, très humblement, comme il convient face à ce magazine culturellement incontournable, quelques remarques, ou plutôt quelques interrogations.
Le Salon du Livre est le rendez-vous annuel du monde de l'édition pour promouvoir les dernières sorties, celles qui sentent l'encre fraîche et l'espoir d'un prix littéraire, celles qui feront tourner les rotatives et rempliront les caisses des fonds de roulement, celles dont les chiffres de vente serviront de garantie aux banques pour financer la fabrication des sorties de la rentrée littéraire de septembre, mais que l'on ne trouvera plus en librairie à partir du mois de juillet.
Alors que ce salon ne mise que sur l'actualité, la fraîcheur, l'originalité, la nouveauté, que fait Télérama ? Il nous montre une pile de livres d'occasion. Pas des livres anciens ou précieux, non, des livres d'occasion, limite vide-grenier ou marché aux puces de la Porte de Saint Ouen. Le premier, en haut de la pile, pourrait à la limite passer pour une édition de Minuit à peu près propre, mais dans un format qui ne se fait plus depuis des lustres, en dessous nous avons un jaune Grasset sans jaquette, suivi dans cette descente aux enfers par des brochés des années trente, pour se terminer sur un bouquin relié qu'on pourrait prendre de loin pour une édition de Sélection du Reader's Digest contenant quatre romans américains sans intérêt en version abrégée.
L'ensemble est plongé dans une obscurité glauque qui doit certainement vouloir suggérer le côté ésotérique de la lecture, d'autant plus que le symbole universel de l'intello ou de l'intellotte, donc du sachant lire, est posé en évidence sur la pile sous forme de lunettes à monture genre modèle sécu.

teleramabouquiniste

Le message de Télérama paraît clair : Le livre, c'est fini.
Il disparaîtra avec les derniers dinosaures qui sont encore capables de se concentrer plus de cinq minutes sur un objet qui ne bouge pas, qui ne fait pas de bruit et qui ne soit pas comestible.
Selon cette couverture prémonitoire, on trouvera dans quelques années plus que des livres obsolètes et défraîchis dans des échoppes obscures, tenues par des vieillards à longue barbe grise ou par des vieilles sorcières à nez crochu et chapeau pointu, entourés de rats savants et d'araignées apprivoisées.
Les contenus littéraires consommables, c'est-à-dire disponibles, on ne parlera alors plus de livre, seront directement consultables sur internet en LOD (Literature On Demand) ou podcasté sur des consoles portables qui pourront contenir toute une bibliothèque, de la réréédition électronique du dernier BHL, personne n'est éternel, hélas, jusqu'aux nouvelles aventures de l'arrière-petit fils de Harry Potter.
Voilà ce que Télérama semble vouloir nous annoncer par cette image sinistre qui dans son entreprise de ringardisation évidente de l'objet livre nous prépare déjà à un proche avenir où les contenus littéraires disponibles auront été sélectionnés par Google himself.

PS : Nous est venu à l'esprit également l'idée que le responsable de cette couverture à la rédaction de Télérama aurait peut-être un beau-frère bouquiniste, pardon, libraire d'ancien et d'occasion, connaissant quelques difficultés économiques. Il aurait pu vouloir dans ce cas profiter du prétexte du Salon du Livre pour faire une publicité subliminale à cette corporation qui sera dans l'avenir de plus en plus indispensable pour se procurer des livres disparus des rayons et des catalogues électroniques. Qu'il soit alors, dans l'éventualité de cette hypothèse, chaleureusement remercié, bien que son photographe ne connaisse absolument rien aux livres, ni anciens, ni d'occasion.

Posté par Parkane à 16:01 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Merci Télérama !

    J’ai fait l’étude magique de vos livres anciens.

    L’image subliminale de la corporation des libraires d’ancien et d’occasion, révèle selon la théorie psycho-ségal-hienne l’image que l’on se fait individuellement de cet objet et qui doit correspondre à un archétype dans un but mercantile ; Cette image en l’espèce nous est donnée par la couverture de télérama ce qui ne saurait convenir et s’oppose même à la juste dénonciation à laquelle vous procédez plus haut . Le remerciement chaleureux tient du syndrome de Stockholm.

    Ps : facile bien sur mais incontournable le trait d’union sur cette étonnante couverture en effet : télérama-France Culture

    Posté par ouanda, 16 mars 2009 à 17:50 | | Répondre
  • Scolie réflexive

    A facile, facile 1/2 :les idées qui nous viennent à l'esprit nous font perdre la raison, mais il est vrai qu'à trop raisonner nous perdons l'esprit.

    Posté par ouanda, 16 mars 2009 à 17:55 | | Répondre
  • Il semblerait que le livre se porte de mieux en mieux - La littérature jeunesse est très prisée -
    Mais il est vrai aussi que le livre numérique arrive à grande vitesse -
    Très bonne analyse de cette affiche Parkane, tu es le meilleur pour avoir l'oeil mais aussi l'esprit A+

    Posté par valériane, 16 mars 2009 à 18:37 | | Répondre
  • Merci, Valériane ! Touché, coulé !

    Posté par Parkane, 16 mars 2009 à 21:28 | | Répondre
  • @ouanda

    Serions-nous des otages du culturellement correct ? Albanel-Télérama-France Culture, mon amour ! Ne tirez pas ! Ils se rendront ! Bientôt ?

    Posté par Parkane, 16 mars 2009 à 21:31 | | Répondre
  • Remember Alamo

    Jamais !; Quel dommage, ils se privent ainsi d'une revanche!
    (car on ne doit pas avoir peur de perdre ce qui est durable pour nous. aie je regrette déjà cette phrase rapport à...)

    Posté par ouanda, 17 mars 2009 à 10:19 | | Répondre
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